Samedi 21 décembre 2024 · 20h30
MAURIZZIO DE LA NUZ
Solo impro cut up sonore avec la voix de Pasolini et sa Langue vulgaire* | 30 min
Ondes musicales meurtières et chutes de revolvers en peau de crocodiles accidentés. Superpositions solaires de nuits blanches et plongeons silencieux au fond des mers obliques, des lacs enjambés.
* La Langue vulgaire , transcription d’une conférence de Pier Paolo Pasolini, 1975 à Lecce (éditions La Lenteur)
Dix jours avant sa mort, en 1975, Pier Paolo Pasolini est invité à s’entretenir avec des professeurs dans un lycée de Lecce en Italie. Cet échange a été enregistré, il en existe une trace sonore. Il a été transcrit aussi pour donner la forme d’un texte publié sous le titre La Langue vulgaire. C’est un texte d’une force considérable, parole d’intervention publique pouvant aisément trouver sa place aux côtés des Ecrits corsaires et des Lettres luthériennes. Y est une nouvelle fois dénoncée, dans un dialogue des plus francs avec un auditoire de grande tenue, le nouveau fascisme que représente la télévision, et parfois/souvent l’école dans sa tentative d’uniformisation des élèves au monde tel qu’il est, c’est-à-dire capitaliste cynique, et sans véritable amour. Défendant l’idée d’une Italie plurielle, plurivoque, multiple, contre l’imposition du « florentin » (dans un écrasement de la langue de Dante) à tout un territoire (rouleau compresseur d’une centralisation sans âme), l’ami de Moravia et des mauvais garçons s’insurge contre l’acculturation d’un peuple dont la diversité, notamment linguistique, fait la beauté et la force. Qu’enseigner véritablement aujourd’hui ? Comment échapper à la cléricature et au petit périmètre de son pouvoir ? Comment ne pas perdre l’usage de sa propre langue (appelée dialecte en Italie) ?
« Nous avons compris que la misère est affreuse, nous avons compris que le pire des maux n’est pas la pauvreté, nous avons compris clairement : le pire des maux c’est la misère du pseudo-bien-être. » Souvenons-nous que l’homme qui prononce cette phrase quelques jours avant d’être tué sur une plage d’Ostie est aussi l’auteur des Raggazi, roman – une succession de nouvelles ? – des déshérités de la banlieue de Rome, ces rois pouilleux, aristocrates des voleurs errant dans la poussière des terrains vagues, la langue aussi véloce et tranchante que les couteaux dont ils disposent. Nous sommes dans la période de l’après-guerre, l’Italie s’est effondrée, fors la langue argotique et le corps irréductible des plus pauvres d’entre les pauvres des borgate romaines, si bien filmées quelques années plus tard dans Accatone.
Écrit en romanesco – dialecte des faubourgs de Rome – Les Ragazzi, premier roman de Pasolini (1955), immédiatement accusé de « pornographie », n’est pas un livre aimable, qui laisse éclater la loi d’un monde cruel et insupportable d’agressivité permanente, incarnée par Ricetto (le Frisé), personnage récurrent d’une bande d’adolescents, « fils de salopes », vivant avec une « rage pré-politique » – c’est sa force et son drame – un pur présent à la fois absolument précaire et éblouissant. Les ordures, la boue, l’eau méphitique de l’Aniene, affluent du Tibre où se vautrent les corps, forment le territoire d’un peuple abandonné ne cherchant aucune rédemption, ni salut d’aucune sorte, trop occupé à vivre pleinement – force brute, presque primitive, des bagarres, mouvement incessant des jambes, des mains et des yeux – l’invivable d’une condition de réprouvés, celle des invisibles de laquelle Pasolini se sent solidaire. »
Fabienne Ribery
Le chant et la rage d’un peuple pré-politique
Pier Paolo Pasolini (1922-1975), la rage, l’œil et la plume (Toute une vie / France Culture)
PIER PAOLO PASOLINI (1922-1975), une vitalité désespérée – Une vie, une œuvre [1990]
Pasolini face au monde moderne (Répliques / France Culture)
Pasolini Weckmann, « la langue vulgaire, aimons-là »
Pier Paolo Pasolini : Qui je suis (1998 / France Culture)
Del tuffarsi e dell’annegarsi (À propos de plonger et de se noyer)
de Paolo Gioli | 1972 | Italie | 10 min
Boucles infernales d’images dédoublées, renversées, ralenties, revenantes, agissent comme des pensées magiques, comme autant de perles d’un chapelet qu’on égraine. Et comme une psalmodie lancée aux dieux, Gioli déroule en plusieurs volets l’alternance et l’évolution d’une chute, son anatomie. De façon à se lier pour toujours à nos traumas ou à les jeter au feu ?
« Chez Paolo Gioli, la question lancinante est celle du voir : un voir qui, depuis l’antiquité quand apparaissent les premiers instruments capables de saisir une réalité plus lointaine que le périmètre intime, est un voir à travers, un voir filtré. Manipulation des images, alternance du positif et du négatif, les effets de masques d’images, la prégnance de la matière, les mouvements erratiques des images confirment la quête permanente de Paolo Gioli, trouver une adéquation entre cogito et imago. Ses constructions iconographiques n’ont de sens qu’en tant que mécanismes mentaux. Traumatografo est caractéristique de cette tentative de représenter un état psychologique : la pulsion de mort.
Paolo Gioli (1942-2022) est un artiste italien, photographe et cinéaste, ayant placé l’expérimentation au cœur de son travail dès la seconde moitié des années 1960. Dans le contexte du développement des nouvelles technologies des médias, Gioli crée un univers visuel complexe et fascinant grâce à une démarche « sauvage », recherchant des solutions plastiques innovantes à travers le dénuement ou l’usage déviant de machines. Inventeur d’un cinéma photographique sans caméra, artisan d’un cinema povera, Paolo Gioli laisse derrière lui près de quarante films, ainsi qu’une œuvre photographique et picturale considérable. Il doit en partie cette longévité exceptionnelle dans le mouvement du cinéma expérimental italien à sa condition d’artiste-ermite. »
Jean-Michel Bouhours
Dillinger è morto
de Marco Ferreri | 1968 | Italie | 1h30
Marco Ferreri, cinéaste iconoclaste et provocateur, dynamite là encore une époque aliénée par la surconsommation, dominée par la fascisation ultra matérialiste. À travers une longue nuit blanche qui touche à ses extrémités, il fait imploser son personnage quasi mutique, et participe ainsi à un cinéma hanté, électrifié par le contexte de luttes en Italie. Dans son livre-essai L’Expérience hérétique, Pier Paolo Pasolini, qui la même année a dirigé Marco Ferreri dans Porcherie, écrit à propos de Dillinger est mort : « Ferreri reproduit la réalité dans ses durées réelles par sadisme : c’est-à-dire que la durée réelle d’une action, dans sa reproduction, montre toute sa contingence. » Ce film a conservé sa violence sourde, nihiliste, sur le fond comme sur la forme. A la fois reflet de nous-mêmes, monstre de normalité, animal humain encagé, insomniaque aspirant au repos éternel, Piccoli est fascinant. Dillinger est mort est un chef-d’œuvre incontournable de l’une des décennies les plus agitées du siècle. S’y trouve cristallisée toute une angoisse engendrée par les modes de vie des plus féroces. Ce long ricanement noir qui claque dans nos pauvres solitudes grandissantes explose en une vision ultra lumineuse et solaire, nous laissant avec un sentiment de joie des plus purs qu’il soit. Car oui, nous assistons à une libération véritable (et utopique).
Immense cinéaste de l’absurde et pourfendeur de la société de consommation, c’est ce même Ferreri qui s’est taillé à peine plus tard une réputation sulfureuse, dans le sillage du scandale de La Grande Bouffe (1973), fresque grimaçante et jubilatoire mêlant humour noir, controverse, grotesque, sublime. Pour Piccoli, l’un de ses grands complices, ses films sont des scandales « pour l’intimité dans laquelle ils nous font pénétrer, comme s’il nous ouvrait et nous montrait notre cancer. C’est scandaleux d’être aussi chirurgical que ça, avec une douceur extrême. »
MAGMA : SOIRÉES EN SONS ET EN IMAGES
au VIDEODROME 2 depuis juin 2021 par Barton Barton
Ces séances hybrides proposent des improvisations sonores et/ou musicales suivies de projections de films. MAGMA invite à une expérience sensitive faites de rugissements, de chants d’amour, de rage de vivre, de rêveries. Tel un surgissement de force contenue, puissance tapie dans nos profondeurs. MAGMA veut convoquer la violence du monde et son envers. Rencontres sensorielles hissées sur une ligne de crête, MAGMA cherche à créer un champ de tensions entre performances musicales et projections de films au geste franc. Comme un rêve éveillé, un songe, on pénètre la salle obscure, les yeux fermés, l’oreille dressée. Des images mentales affluent, sollicitées par les signaux électriques et/ou acoustiques. Puis c’est le silence, le noir se fait, l’écran s’anime. Le paysage sonore par lequel on est d’abord traversé vient irriguer notre perception de ce qui rayonne depuis la cabine de projection.
En savoir plus
Informations pratiques
Rejoindre l’évènement Facebook
La billetterie ouvre 30 minutes avant le début de chaque séance.
Séance au prix libre
Nous croyons au prix libre comme possibilité pour chacun.e de vivre les expériences qui l’intéressent et de valoriser le travail accompli comme il lui semble bienvenu. L’adhésion à l’association est nécessaire pour assister aux projections, elle est accessible à partir de 6€ et valable sur une année civile.
Toutes les séances MAGMA